La Grande Guerre et les Outre-mer - Bilan et perspectives

Julie d’Andurain

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Agrégée et docteur en histoire de Paris-Sorbonne, Julie d’Andurain est Professeur des Universités en histoire contemporaine à l’Université de Lorraine (Metz). Ses travaux de recherche portent sur les sociétés coloniales, en particulier dans les périodes de conflits.
Elle est par ailleurs membre du bureau et vice-présidente de l’AHCESR, association des historiens contemporanéistes de l’Enseignement supérieur et Secrétaire Générale de la SFHOM, Société française de l’histoire des outre-mers.
Elle a publié notamment :
• Avec François Audigier et Jean-Noël Grandhomme, Les Français et les armes à feu, de 1789 à nos jours, hommage à François Cochet, Paris, Maisonneuve & Larose/Hémisphères, 2018, 423 p.
Colonialisme ou impérialisme ? Le "parti colonial" en pensée et en action, Paris, Hémisphères éditions/Zellige, 2017, 442 p.
Henri Gouraud. Photographies d’Afrique et d’Orient. Trésors des archives du Quai d'Orsay, Paris, Éditions Pierre de Taillac/Archives diplomatiques, 2017, 240 p.
La Capture de Samory (1898), l’achèvement de la conquête de l’Afrique de l’Ouest, préface de Jacques Frémeaux, avant-propos du général Thorette, Saint-Cloud, SOTECA, 2012, 209 p.
• Avec Cloé Drieu, Les mondes méditerranéens et musulmans la Grande Guerre (1904-1924), Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 141, octobre 2017 https://presses-universitaires.univ-amu.fr/dela-theatre-europeen-14-18-0
• Avec Colette Zytnicki, Les Empires dans la Grande Guerre, Outre-Mers. Revue d’histoire, n°390-391, 1er semestre 2016 http://www.sfhom.com/spip.php?article1408

Pour plus de détails, voir la page d’accueil de son laboratoire de recherche, le CRULH, http://crulh.univ-lorraine.fr/content/andurain-d-julie

L'Outre-mer et la Grande Guerre : perspectives scientifiques

Entre 2014 et 2018, les cérémonies officielles de commémoration du Centenaire de la Grande Guerre et les travaux de recherche en histoire ont donné une large place à l’outre-mer, non seulement parce que l’histoire coloniale bénéficie actuellement d’un dynamisme exceptionnel dans les universités françaises et étrangères, mais également parce que le centenaire de la Grande Guerre a permis de renouveler profondément les questionnements à propos de cette guerre, à la fois dans sa dimension spatiale et dans sa dimension temporelle.

L’Outre-Mer est désormais de moins en moins abordé en relation avec une métropole car les histoires nationales ont été confrontées à des analyses plus larges qui imposent de voir l’histoire du monde dans sa globalité. Ainsi le phénomène ultramarin est-il de plus en plus étudié au prisme d’une « Global History » qui regarde l’outre-mer que de façon comparative. À une échelle infra, les travaux de recherche sur les colonies dans leurs rapports avec les métropoles se sont poursuivis. Ils ne s’intéressent plus seulement à la question de l’engagement des seules troupes d’outre-mer, engagement désormais assez bien connu et documenté, mais à des questions connexes liées à la vie quotidienne des populations des colonies en métropole, à leur vécu de la guerre au milieu des métropolitains, aux modalités du retour au pays dans une sortie de guerre généralement fort longue. Si la recherche historienne reste encore trop souvent enfermée dans des études par aires géographiques, l’histoire coloniale invite généralement à décloisonner les analyses pour proposer des comparaisons pertinentes. Nonobstant, elles ne suppriment pas le besoin d’histoire des territoires issus des anciennes colonies, où de très nombreux travaux ont été réalisés récemment par des historiens professionnels, des amateurs et même des collégiens.

Tous ces travaux tendent à montrer que la Grande Guerre a constitué un tournant considérable dans la relation entre les métropoles et leurs colonies, d’une part parce que la guerre a créé un « besoin colonial » mais aussi par elle a donné naissance à des aspirations politiques et des attentes sociales généralement déçues.

Julie d'ANDURAIN
Professeur, Université de Lorraine