La Grande Guerre et les Outre-mer - Bilan et perspectives

Isabelle DENIS

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Professeure certifiée histoire-géographie (HC), docteure en histoire, chargée de cours au Centre Universitaire de Formation et de Recherche à Mayotte dans le cadre de DU. Sociétés langues et Culture de Mayotte (Histoire des Comores et histoire de l’enseignement à Mayotte) et à l’université de Diégo Suarez ( Licence Histoire: Histoire du patrimoine dans l’océan Indien, protohistoire de l’océan Indien, Jeux et enjeux des Etats nations en Europe…).
Ses axes de recherche portent sur l'histoire des époques coloniale, (1840-1945) et post coloniale, (depuis 1945) à Mayotte et dans l’Océan Indien occidental. Elle s'intéresse plus particulièrement aux mutations de la société mahoraise et participe à de nombreux colloques en France et à l'étranger (Afrique du Sud, Allemagne, Royaume Uni, Canada, États-Unis...). Elle a notamment publié :
• « Les singularités de Mayotte », Hubert BONIN (dir.), Mayotte bilan et perspectives, Indes Savantes, Paris, janvier 2018.
• « L’affaire du Pocha, navire négrier arraisonné à Mayotte en 1840 : en miroir à l’Amélie en Martinique en 1822 », in Taãrifa, revue des Archives départementales de Mayotte, Mamoudzou, n°5, janvier 2016, p.73-80.
• « République et élites locales : Mayotte 1880-1947 », en collaboration avec Nathalie REZZI, in « Le contact colonial dans l’empire français : XIXè-XXè siècles », Outre-Mers revue d’Histoire, 2011, n° 370-371, p.125-135.
• « Gendarmes dans l’océan Indien : la brigade de Mayotte au XXè siècle » in LUC J-N, Soldats de la Loi, la gendarmerie au XXè siècle, Paris, Pups, 2010, p. 211-222.
• « Forced labour and the 1856 revolt on Mayotte », in Campbell G., Alpers E., Salman M., Resisting Bondage in Indian Ocean, Africa and Asia, Routledge, Londres, 2007, 176 p., p 40-48.
• « Des marins du XIXè aux gendarmes du XXe siècle à Mayotte: essai d’étude prosopographique comparative du personnel militaire à Mayotte depuis 1841 », in Des Français outre-mer, textes réunis par S. Mohamed Gaillard et M. Romo-Navarette, Paris, PUPS, 2004, 250 p., p.101-111.
• « De la mémoire à l’histoire du fait colonial à Mayotte : sources orales et écrites, une nécessaire confrontation », disponible sur www.etudes-africaines.cnrs.fr
• « Comment écrire l’histoire de Mayotte », disponible sur www.centre-histoire-océan-indien.fr
• « Evolution du statut de Mayotte depuis 1841, image d’une relation particulière avec la métropole », février 2009, disponible sur www.centre-histoire-ocean-indien.fr

«Mayotte et la Première Guerre mondiale »

L’année 1914 est marquée par un changement statutaire important pour Mayotte et le reste de l’archipel des Comores. Grande Comore, Anjouan et Mohéli, protectorats de Mayotte depuis 1886 forment une dépendance de Madagascar. Mayotte demeure le centre politique et administratif de l’archipel, bien que l’ensemble des décisions importantes, le budget, proviennent de Tananarive.
Mayotte et bientôt les Comores vont être concernés par la Première Guerre mondiale, notamment lorsqu’un émissaire de Madagascar viendra recruter dans l’archipel et réunira à Mayotte tous les engagés de l’archipel. Ces hommes partent d’abord à Diégo Suarez ou Majunga. Envoyés sur les fronts européens, ils combattent dans la Somme, à Verdun, participent aux fronts d’Orient. Plusieurs sont cités pour acte de bravoure, décorés.
Si l’administration indique bien l’origine insulaire de chaque individu au début de la Guerre, cette clarification disparait au profit de « Comores » ou « archipel des Comores ». S’inscrivant dans son époque de changement politique, elle perturbe les recherches actuelles en raison des homonymies de villages entre les îles.
Pendant ce temps, à Mayotte, la vie semble continuer, au gré des passages de navires allemands et anglais, et sans ceux des navires des Messageries Maritimes. C’est le retour à une économie locale et régionale utilisant les boutres.
A l’issue de la guerre, les soldats reviennent via Madagascar. Les hommes ne s’installeront pas obligatoirement dans leur île d’origine. Des monuments aux morts seront édifiés mais sans aucun nom pour s’inscrire dans la société locale musulmane. Depuis les années 2012, les Anciens combattants de Mayotte réclament de nouveaux monuments aux morts, dans les villages et avec l’inscription du nom des morts pour la France, sans pour autant les connaître. Aujourd’hui deux nouveaux monuments aux morts ont été érigés en Petite Terre, mais sur aucun ne figure de noms. Un troisième était évoqué à Dembéni en 2017.
Des projets pédagogiques ont été élaborés, deux journées labellisées par la commission du centenaire ont été organisées par l’inspection académique en février 2018. Ces évènements montrent que des efforts de mémoire et de transmission de la mémoire sont faits à Mayotte, tandis que les Comores ont érigé un monument dans la Somme en 2016.

Isabelle Denis